Le 23 mars dernier, les fourneaux se sont éteints et les salles à manger des restaurants de Ville Mont-Royal se sont vidées. Il a fallu trois mois pour que le feu vert de la Santé publique du Québec soit donné en faveur de la réouverture des restos. Pour certains, le problème reste entier, malgré la levée des interdits. Nous en avons rejoint quelques-uns pour prendre la mesure de leur expérience du confinement et de leurs espoirs – et désespoirs – pour l’avenir.
La grilladerie Galo sur le boulevard Graham. PHOTOS JOURNAL STATION MONT-ROYAL Focus sur le prêt à emporter et les livraisons
La copropriétaire de Villa Armando, Marie-Josée Boilard, n’avait pas le choix. L’ordre de fermeture était incontournable. Mais elle était loin de se douter que la pause serait si longue, sans savoir à quel point elle serait interminable. Après 16 ans à la barre de l’entreprise, madame Boilard se considère chanceuse d’avoir une clientèle régulière qui s’est manifestée pour les plats à emporter. Le restaurant s’est donc converti en take out sur commande. Galo, le resto de grillades portugaises, déjà bien connu pour son poulet grillé, s’est concentré sur les livraisons et les commandes à emporter. D’autres ont carrément fermé leur porte, comme Dupond & Dupont, en attendant que l’orage passe. Comme tous les points de vente de Première Moisson, la succursale de Mont-Royal a emboîté le pas aux contraintes sanitaires pour continuer à offrir ses produits.
Par ailleurs, la gastronomie pour emporter a surmonté les embûches du confinement. Beau Mont, le nouveau restaurant sur L’Acadie, a enrichi sa section épicerie-boucherie avec des pièces de viande d’exception, des plats de qualité sous-vide et des repas gastronomiques à rapporter à la maison.
De bonnes affaires pour les sushimans
Les comptoirs à sushis sont nombreux chez nous. Bien sûr, quelques-uns d’entre eux ont une salle à manger ou un petit coin repas qu’ils ont dû fermer, mais tous se sont investis plus que jamais dans le prêt-à-emporter, quelques-uns même dans la livraison comme MikadoGo.
L’avenir en quatre questions
1- Le protocole sanitaire sera-t-il viable?
C’est au cœur des inquiétudes. La distanciation des tables et des sièges réduit considérablement la capacité d’accueil des salles, autour de la moitié, estime-t-on. Ce pourrait être viable pour les restaurants qui ont une grande surface de service ou une terrasse sur une artère achalandée. Pour certains comme Villa Armando, le problème se pose moins que pour d’autres, selon la propriétaire madame Boilard, grâce à la configuration actuelle, les petits salons et la belle terrasse extérieure, une des rares à Mont-Royal.
Au moment où le journal Station Mont-Royal est mis sous presse, les propriétaires du resto Dupond & Dupont ne prévoyaient pas ouvrir ce dernier dès la levée de l’embargo. Jusqu’à nouvel ordre, la grande terrasse commune avec Première Moisson fera le bonheur des clients de la boulangerie, les deux commerces ayant les mêmes proprios. La réouverture des salles à dîner reste problématique pour certains. L’expérience acquise dans la préparation des plats sur commande pourrait bien être un acquis qui poursuivra sa lancée même après le déconfinement et qui permettra aux restaurateurs de sauver la mise, au moins en partie. L’avenir de la réouverture s’appellera prudence pour la majorité, certains préféreront attendre et voir venir.
2- Le personnel reviendra-t-il?
La plupart des restaurants ont mis toute leur équipe à pied, dès la mise sur pause générale. Comme dans tous les secteurs qui reprennent vigueur, les employeurs ont un concurrent de taille, la prestation canadienne d’urgence qui apporte un revenu régulier prolongé jusqu’à la fin de l’été. Les restaurateurs pourraient réduire les heures d’ouverture et concentrer les horaires sur les fins de semaine.
3- Les clients seront-ils au rendez-vous de la réouverture?
Avec la distanciation requise, les restaurants réussiront-ils à créer l’atmosphère d’intimité que la plupart de nous recherchons lors d’une soirée au restaurant ? Et aurons-nous vaincu le climat de méfiance qui rôde encore autour de nous sur l’espace public ?
4- « On en a pour combien de temps comme ça? »
C’est la question sur toutes les lèvres. Dans ces conditions, jusqu’à quel point les restaurants pourront-ils se relever de la crise ? Pour les entrepreneurs locataires, quatre mois de loyer sans revenus, c’est un dur coup. L’aide financière annoncée par le gouvernement Legault pour compenser les loyers est très attendue, de même qu’une intervention de la ville pour soutenir les restos. C’est une question de survie pour plusieurs qui craignent que le remède à la crise soit pire que le mal auquel on s’attaque depuis quatre mois.
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