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Comme la tolérance est dans nos gènes, nous ne lui prêtons pas attention. Il nous faut un simple événement ou le repère d’un anniversaire notable pour la remarquer. Fin mai, nous avons célébré les cinquante ans de la bibliothèque en grande pompe, à la joie de notre population qui a découvert le cadeau que lui a fait le docteur Tarakdjian, médecin et sculpteur, lorsque se déroulait l’exposition de ses bronzes dans la grande salle vitrée.
« Le Lecteur », une oeuvre du docteur Tarakdjian à l’entrée de la bibliothèque. On ne peut manquer l’oeuvre du docteur Tarakdjian qui se trouve à la droite du parvis de l’immeuble et qu’il a nommée « le Lecteur » en anglais « the Reader », preuve de notre constant et amical bilinguisme. Nous voilà ainsi avec deux statues près de l’entrée de la bibliothèque. L’une féminine d’Anne Kahane, née à Vienne, « Mère et enfant » et le Lecteur dont le créateur naquit en Syrie. À l’intérieur, nous notons les œuvres de Yevkiné de Gréef aussi d’origine arménienne, de Lorraine Schoeb Belcourt et de Peter Monk. Comme les autres arts, la sculpture ne connaît pas de frontières.
Récemment, la bibliothèque a reçu un livre qui a passé quelques temps au rayon des prêts de sept jours : la « Tolérance expliquée à tous » du philosophe et écrivain Roger-Pol Droit, publié aux éditions du Seuil à Paris. Il fait partie d’une série dans laquelle on retrouve nombre d’auteurs qui offrent des « explications » à leurs lecteurs. Ce peut être à leurs enfants, leurs petits-enfants, les adultes, même, comme celui-ci. Les gens qui ont beaucoup étudié et presque tout oublié peuvent ainsi se remémorer des thèmes de leur culture générale. Apprendre et réapprendre n’ont pas d’âge.
Déjà dans un précédent livre « Ma philo perso de A à Z » paru en 2013, Roger-Pol Droit expliquait la naissance de la tolérance à l’âge classique dans le langage d’aujourd’hui. À cette époque, disait-il, la vie était plus cruelle que la nôtre et les guerres de religion étaient à l’origine de l’espionnage chez l’habitant, des persécutions, des meurtres, de la censure. À compter de 1598, en France, la majorité catholique toléra la minorité protestante. En 1610, le roi Henri IV mourut, poignardé par Ravaillac. Henri IV, protestant, était arrivé à la royauté en se convertissant et en affirmant « Paris vaut bien une messe ». En 1685, la révocation de l’Édit de Nantes fit expulser les protestants du royaume. Majoritaires en Angleterre, ils s’unirent pour combattre le papisme.
Roger-Pol Droit nous disait que c’est l’influence de Pierre Bayle, écrivain et philosophe français réfugié aux Pays-Bas et décédé à Rotterdam en 1708, qui a concrétisé l’idée de la tolérance.
Une citation de ce dernier le montre : « Si je demande qu’on me laisse croire ce que je crois, il faut que j’accepte pour ma part de ne pas entraver la liberté de croyance des autres ».
Roger-Pol Droit s’adresse à un interlocuteur anonyme qui peut être un étudiant, un ami ou quelqu’un de sa famille. Il le tutoie. Chaque chapitre est pédagogique et se termine par une page « À retenir » dans laquelle il expose les grandes lignes de ce qu’il a dit précédemment. C’est une manière pratique de faire passer le message qui montre au lecteur qu’il peut découvrir seul ce qu’il veut savoir. Il appuie souvent la nécessité de la tolérance et affirme qu’elle est indispensable pour que nous puissions jouir du monde multiculturel. Nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui quand nous pensons au Québec des années 60 et à l’Expo 67 de Montréal qui a sorti la province de la solitude. Elle nous a ouvert les yeux sur le monde, sur d’autres croyances, d’autres cultures, d’autres langues que nous avons eu soif d’apprendre. Un des exemples qu’il donne est la cuisine et la restauration. N’avons-nous pas adopté le café expresso bu au pavillon de l’Italie avec ses affiliés les latté, les moccacino, les cappuccino ?
Avant même le préambule de son livre, l’auteur nous fait lire une pensée de Voltaire tirée du dictionnaire philosophique de 1764 : « la discorde est le plus grand mal du genre humain, et la tolérance en est le seul remède ».
Tout est là.
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