Les plus récentes oeuvres, toutes en acrylique, de Marie-Claude Borfiga ont fait l’objet d’une exposition en décembre dernier sur le mur d’art de la Bibliothèque Reginald-J.-P.-Dawson. Parmi ses tableaux exposés, un seul nu de sa collection a été présenté. L’artiste nous a accueilli dans son atelier niché dans sa maison de Ville Mont-Royal. L’occasion de voir l’autre côté du mur…
Marie-Claude Borfiga, cap de la soixantaine passé, habitait Nogent-sur-Marne, une banlieue est de Paris, connue pour ses guinguettes et ces bals au bord de Marne à l’époque, avant d’arriver au Canada en 2006. Monteroise depuis onze ans, elle cumule aujourd’hui pas moins de 25 ans d’expérience en peinture, « sans jamais avoir compté là-dessus pour vivre. »
Cette femme au foyer, qui avait toujours beaucoup aimé le dessin, a pris la décision de se lancer dans la peinture lorsque sont fils a été assez grand dans les années 90. Après des débuts en aquarelle, qu’elle trouvait « un peu fade », l’huile a ensuite pris le dessus. Pour sa texture notamment. Mais aussi parce que c’est le médium qu’elle utilisait au côté d’une peintre confirmée en France, Marie-Pierre Ostré, dans un de ses ateliers où elle a travaillé modèles vivants et nature morte.
« Mon premier coup de coeur a été la nature morte, dit Borfiga, parce que j’aime beaucoup réfléchir à la composition. Les paysages, ce n’est pas tellement mon truc. En fait, je trouve que c’est difficile d’amener quelque chose de nouveau… Après Cézanne ou van Gogh, je ne vois pas trop. Il faut rester modeste, quoi », affirme celle qui a tout de même été reconnue en France, en étant sélectionnée au Salon des artistes français, en obtenant la médaille de bronze à l’Espace culturel de Nesle et la médaille d’argent d’Arts Sciences Lettres en 2004.
De l’huile à l’acrylique
Pourquoi avoir passé de l’huile à l’acrylique? « Parce que l’huile n’est pas toujours acceptée dans les ateliers, à cause que c’est long à sécher et des odeurs… Mais en même temps, je suis quelqu’un de perfectionniste. Et l’acrylique, ça sèche plus rapidement. Il faut faire ça d’un jet, moins s’attarder aux détails et aller à l’essentiel. Tandis que l’huile, c’est un peu un piège pour moi: je ne suis jamais satisfaite. Je travaille et retravaille. Puis il y a des fois où je me dis « bon, je ne sais plus. » Donc je mets la toile de côté et j’y reviens quelques temps après. »
Dans son atelier, on remarquera plus tard, que quelques toiles sont amassées sous un bureau. Elles sont repeintes d’un fond de bleu. Comme si l’on avait voulu les effacer. « Oui, c’est ça. Je n’étais pas satisfaite, avouera-t-elle à ce moment-là. Je les trouvais sans intérêt. Et je vais refaire des tableaux dessus. »
Une virée dans son atelier
Dans l’atelier de Borfiga, il y a des nus, des nus et encore des nus. Sur un des murs notamment, est accroché un tableau d’une femme couchée, un poisson rouge aux pieds. « Oui, c’est parce que je pensais un peu à Matisse. Il a fait quelques natures mortes avec un petit poisson rouge. Et puis, ce poisson, c’est un peu le rappel de la couleur à côté », indique celle qui n’a pas l’habitude de commenter ses toiles, et qui admet être « un peu gênée d’exposer. » « C’est que je ne sais pas trop quoi dire sur mes tableaux. On peut dire quoi?! Qu’il y a de belles couleurs? Moi je trouve que ça plait à l’oeil et puis ça ne va pas plus loin. En fait, je ne veux pas tellement intellectualiser mes toiles. »
En 2014, alors qu’elle allait faire l’objet d’une première exposition sur le mur d’art de la Bibliothèque Reginald-J.-P.-Dawson, « j’avais demandé si je pouvais exposer des nus, et on m’avait dit « euh…non. » Parce qu’il y a des enfants, j’imagine. Donc je n’ai même pas osé demander si cela se pouvait pour ma deuxième exposition. » Le seul tableau nu qu’il y a eu en décembre, « n’était pas un nu à 100% », on voyait à peine qu’un sein.
Ces jours-ci, Borfiga travaille sur plusieurs choses en même temps. Un tableau en cours de trois femmes nues et un bébé notamment, ou « les trois grâces », comme elle l’appelle. Un coucher de soleil sur un lac. Puis un autre aussi, quasiment abouti, d’un paysage avec un cheval, tiré d’une photographie d’un voyage en Écosse. Mais vous ne disiez pas qu’après Cézanne, c’était mort? « Ouais, mais il faut se lancer un peu de défis aussi! », lance celle qui, clairement, est loin d’avoir donné son dernier coup de pinceau.
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