PHOTOS STATION MONT-ROYAL ET ARCHIVES VLADIMIR MIDVICHI
Vladimir Midvichi décrochait le premier prix du Salon d’art TRAM en novembre dernier, avec son aquarelle Majesty. Son atelier - école d’arts anciens, Valuarda, situé au pied de l’Oratoire Saint-Joseph, est une belle fenêtre sur l’oeuvre aussi prolifique que variée de ce professeur d’art de 42 ans, désormais issu de ce vivier d’artistes qu’est Mont-Royal. Rencontre.
Vladimir Midvichi fait partie de ces quelque 250 000 résidants canadiens s’identifiant comme étant d’origine roumaine au pays, ou du moins en partie. Sa petite histoire débute en 1977, campée dans une ville d’ouvriers d’environ 55 000 habitants, nommée Vaslui, en Moldavie roumaine. Soit à quelque 260 kilomètres du promontoire rocheux où se trouve le château de Dracula en Transylvanie, selon le roman de l’auteur irlandais Bram Stoker publié en 1897; et dont des milliers de touristes visitent chaque année.
Loin des vampires donc, dans cette région du nord-est de la Roumanie, ce fils d’un père chef de gare et d’une mère dessinatrice-projeteure en construction, n’avait que 13 ans et demi lorsque sa part du rêve de devenir astronaute a commencé à s’estomper.
« C’est que j’ai eu la surprise d’être le premier sur la liste; moi qui m’attendais à être refusé ! », raconte Vladimir, en parlant de cette époque où sa mère l’a (un peu) incité, vu son talent, à s’essayer aux examens d’entrée du Lycée d’art Octav Bãncilã — du nom de ce peintre roumain ayant vécu entre 1872 et 1944, et situé dans la métropole culturelle, Ias,i, à environ 60 kilomètres plus au nord de Vaslui.
Or, ce n’est pas comme si l’art lui était jusque là complètement étranger. Selon ce que retrace l’artiste, son père avait déjà fait la part belle à la peinture religieuse, croyant pouvoir gagner sa vie ainsi, en vain. Puis sa grand-mère, une mère au foyer, avait aussi fort quelque chose d’une peintre autodidacte à ses heures.
« Donc, oui, il y a probablement des restants de tout ça quelque part dans mon ADN », s’inclinera finalement à dire plus tard ce verbomoteur, tout en dépoussiérant les tables de son atelier où se déroule l’entretien. Vladimir bricole lui-même toutes les pièces de bois qui servent de support aux icônes pour ses étudiants,« parce que, malheureusement, il n’y a pas d’Ikea pour les iconographes ! », s’amuse l’ébéniste de service.
De fait, la fibre artistique, Vladimir ne l’a pas que dans ses gènes. Mais bien enracinée au coeur aussi, si l’on se fie à sa longue histoire d’amour… avec son épouse, Aura Chiriac, rencontrée au lycée à l’âge de 15 ans, et qui se décrit aujourd’hui comme étant une « artiste multidisciplinaire prolifique, spécialisée en art graphique. »
Enfin, c’est avec elle qu’il traversera finalement l’Atlantique jusqu’au Canada, en 2006, et qu’il partage désormais bien des choses. Trois enfants notamment, qui poussent grassement depuis 2009, entre les murs des écoles de Ville Mont-Royal. Ainsi qu’un atelier d’arts anciens aussi, dont le nom Valuarda, est une anagramme de leurs prénoms.
Virée mystique
Ouvert depuis 2009 sur la rue de Courtrai, dans Côte-des-Neiges, pour ensuite déménager sur chemin Queen-Mary un an plus tard, l’atelier Valuarda où l’on enseigne des techniques d’arts anciens ( l’icône bizantine sur bois, la fresque, la mosaïque, le vitrail, la gravure, etc.) est un véritable voyage anthropologique en soi.
Difficile de rester imperméable aux coups de génie créatif qui règnent dans l'atelier. Des triptyques, des crayonnés, des esquisses de restauration d’oeuvres pour des églises, des aquarelles, des images pieuses, et des nus aussi… « oui, j’ai des centaines et des centaines d’oeuvres ici », indique le bachelier en arts plastiques, spécialisé en art mural, de l’Université d’Arts George Enescu de Ias,i (dont le nom réfère au compositeur et violoniste virtuose roumain).
Et cette kora perchée ici? « Je suis absorbé par les arts anciens de tous les continents », répond-il, avant de bifurquer sur l’essence de l’art de l’icône dans sa culture. « En Europe occidentale, l’icône est aussi devenue et considérée comme un objet d’art, de la même valeur ou plus cher que la Joconde de Leonardo da Vinci, mais pour les pays orthodoxes, ça reste un objet de culte, de liturgie », précise celui, qui, comme la plupart des Roumains, est de confession chrétienne orthodoxe.
Issu de « cette génération tampon entre le communisme et le capitalisme », Vladimir admet avoir une conception de l’art différente de celle en Amérique. « Ce socialisme utopique, où tout appartient à tous, a laissé une grande empreinte dans l’enseignement artistique. On évolue en copiant ou imitant les grands maitres et nos professeurs. Puis avant de se démarquer en Occident, on fait tous partie d’une masse créatrice en Orient. On ne se développe pas individuellement, mais ensemble. On évolue en apprenant l’un de l’autre. Ce qui fait qu’il est parfois difficile de séparer qui apporte quoi dans cette évolution », laisse entendre le professeur d’art du Centre des Loisirs de Ville Mont-Royal, qui, à l’heure où mettre sous presse, donnait alors huit cours au programme, en plus de tous ses autres, à son atelier Valuarda et à l’École Jeunesse Richesse de Montréal notamment.
À noter que certaines oeuvres de Vladimir Midvichi sont exposées ce printemps chez Dupond et Dupont, chemin Canora.
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